Mercredi 14 octobre 2009
POÉSIE - CARTOPHILIE
Préambule
J’ai exhumé mes notes du 4 mai 2001 sur Léonce Depont [Poète surgérien, 24 mai 1862 – 21 mars 1913 (un Vendredi
Saint)] pour faire l'autopsie d'une carte postale qu’il avait envoyée le 21 octobre 1903 (le siècle dernier et le millénaire auquel il appartient sont bien morts) à une
certaine « Tasie », pour encenser ses qualités culinaires et sans doute remercier d’un repas auquel il avait été invité chez un Monsieur Pipaud, à Surgères.
La poésie ne nourrissait pas le poète, et le poème était une façon de payer son écot.
On a dit que Léonce Depont était un poète saintongeais, bien que Surgères soit en Aunis : en réalité, après être revenu définitivement de Paris et résidant à Surgères, Léonce Depont allait
en Saintonge, à Loiré-sur-Nie, chez des parents qui le choient (renseignements communiqués par Gaston Chabasse, habitant à La Féole 17400 Saint-Pierre-de-Juillers, car Léonce Depont était ami
avec ses grands-parents).
Léonce Depont adorait Beethoven : les courses qu'il faisait en Saintonge à travers champs lui rappelaient-elles
celles de Beethoven dans sa campagne de Vienne ?
Léonce Depont écrit d’ailleurs en 1907 :
"Dans ce pays de Loiré, je ne fais pas faute de travailler et d'accomplir des travaux rustiques. Hier, j'ai vendangé par un
temps splendide. Le raisin est délicieux et le vin sera bon. On existe réellement à la campagne. On communie chaque jour avec la Nature et les vers naissent sous la plume comme les fleurs sous le
soleil."
Carte
postale
« Quatrains pour Tasie »
Deux quatrains manuscrits en alexandrins, signés Léonce Depont sur une carte postale de 1903.
La carte postale
Carte postale ancienne
(d'avant 1904)
Format vertical 9 x 14 cm.
Image 360 ko, format jpeg, scannée en résolution 300 dpi, 24 bits.
Au recto
Mentions : Editeurs Côte et Proux Surgères
Dénomination : " 3. – SURGERES. – Château, Porte Monumentale
"
Représentation de la porte Renaissance et de la tour de l’ancien château, dite « Tour Hélène »
Le texte est écrit à la plume, encre noire ou bleue foncée à l’origine, couleur passée.
La signature est très légèrement différente de la dédicace faite à Madame Alfred Sureau, dans son livre « Le Triomphe de Pan ». Cependant les lettres " L, D, t " ont une certaine similitude.
Le texte et la carte apparaissent tout à fait authentiques.
Au verso
Carte postale antérieure à 1904 (avant 1904, le verso n'est pas séparé en deux parties, pour l’adresse en partie droite
et pour le texte en partie gauche. Le verso était alors uniquement et entièrement réservé à l’adresse. En conséquence, le recto de la carte prévoyait une zone vierge d’image afin que l’expéditeur
y écrive un texte qui se devait d'être court, par manque de place. C'est le cas ici.).
La carte est expédiée à "Monsieur Pipaud, Avenue de St-Pierre à Surgères, Chte
Infre.
Affranchissement
Affranchissement à 10 centimes situé au verso (vignette "série Mouchon retouché"), 10 c. rose émis en 1902.
Deux "cachets à date" de Surgères à double couronne, diamètre 25 mm trait plein, et diamètre 15 mm en pointillés.
Date de la poste : 8ème 21 OCT 03 (1903).
Le poème
Quatrains pour
Tasie
Mon palais s’émerveille et mon œil
s’extasie
Lorsqu’un de ces plats fins, qu’a su
créer Tasie,
Préparé longuement, avec art
présenté,
Ranime en nos esprits la grâce et la
gaîté.
Aussi, reconnaissant d’une science
telle,
Je déclare Tasie en mes vers
immortelle
Et lui confère, ainsi qu’un puissant
souverain,
L’Ordre Du Cordon-Bleu de
Brillat-Savarin.
Léonce Depont
Des commentaires
Apparemment, Léonce Depont remercierait, à sa façon, d’une invitation qui lui aurait été faite pour laquelle
« Tasie » se révèle une excellente cuisinière. La poésie ne nourrissait pas le poète, et le poème était une façon
de payer son écot. Le remerciement est cependant adressé (au verso de la carte) à Monsieur Pipaud, lequel
habitait avenue de Saint-Pierre à Surgères, sans faire référence à une quelconque dame dans l’adresse…
On admirera la qualité de ces deux quatrains, "nourris" d’alexandrins (vers de douze pieds) dont la césure coupe certains
vers en deux hémistiches égaux (on désigne aussi la position médiane d’un vers comme étant "à l’hémistiche" lorsque la coupe se trouve au milieu du vers).
Sous réserve de vérification, "Tasie" pourrait être le diminutif d' "Anastasie",
laquelle aurait pu être cuisinière en tant qu'employée. Ceci expliquerait mieux pourquoi la carte et le poème sont uniquement adressés à Monsieur
Pipaud, sans doute pour ménager la susceptibilité de l'employeur de Tasie que l'on ne remercie pas ici directement. A moins qu'il ne s'agisse de l'épouse, qu'il faut féliciter tout en
ménageant le mari…
Conclusion
Qu’il est formidable, à partir d’une carte postale ancienne, de pouvoir en dire autant…
Si ce genre de sujet vous intéresse, vous pouvez vous exprimer dans un commentaire : ça m’aidera pour la suite à y
donner et je vous contacterai ensuite par e-mail si vous n’omettez pas de mettre votre adresse électronique.
Merci
Bernard Maingot
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