Articles et photos : Actualité sur le canton de Saint-Jean d'Angély (17400), Saintonge, Aunis, sujets divers.
« Nous sommes en octobre 2005. Mes deux fils, alors âgés de 15 ans et 16 ans, me demandent de passer une soirée chez un copain. Rien ne justifiant un refus, j’accepte donc, sous certaines conditions, en particulier pas d’abus d'alcool. Ils sont jeunes, mais me promettent de ne pas boire. Rassurée, je les accompagne cependant jusqu’au domicile de leur hôte en leur faisant une dernière recommandation avant de descendre de la voiture, car ils sont jeunes et en groupe : « Pas d’alcool et si problème vous me téléphonez ».
Je rentre chez moi. J’attends et espère que tout va bien se passer. Je m’endors difficilement étant quand même soucieuse. En me réveillant le matin, je constate qu’il n'y a pas eu de coup de téléphone. Je suis soulagée et moins inquiète.
Une de mes voisines, déménage, mais je ne suis pas désireuse d’aider à ce déménagement.
Je propose à ma fille de huit ans d’aller "récupérer" ses frères qui ont rendez-vous pour un match de football. Il est dix heures du matin. Après quelques kilomètres, j’arrive à l’endroit ou j'ai laissé mes fils la veille au soir. Surprise à mon arrivée : le plus jeune (15 ans) paraît très soucieux… Son frère ? Il « ne peut pas le réveiller, il s’est endormi la veille, complètement bourré » me dit-il.
Tout d’abord, je ne le crois pas, je suis dubitative et même plutôt décontenancée et très surprise !
Henri est un jeune homme calme, sage et discret. Il est surtout mon fils et je ne peux imaginer qu’il puisse boire : c’est encore mon "bébé".
Après une attente de quelques instants où je suis très inquiète, j’entre dans la maison : « il est à l’étage, dans la baignoire. Ils l’ont douché à l’eau froide pour le réveiller et le dessaouler, mais rien n’y fait ». Je grimpe quatre à quatre les marches vers la salle de bain et je vois mon fils qui a pris une étrange couleur noirâtre, sans réaction, en caleçon, respirant à peine !
Mon cœur s’emballe. Vite ! Je dois réagir… Il faut aller vite ! C’est la seule chose que je comprends. Il s’agit de réagir et non pas de réfléchir. L’instinct me guide. Les minutes sont comptées. Je hurle et je demande qu’on appelle les pompiers et qu’on aide à le sortir de la baignoire afin de le réchauffer. Il me faut des couvertures, toutes les couvertures disponibles !
Ma fille est en état de stress, elle n’a que huit ans ! Je ne pense pas à elle, mais à lui … Chaque minute compte. Les choses vont à une vitesse terriblement vertigineuse.
Les pompiers arrivent, ils prennent la relève, je le sens maintenant en sécurité, je me sens en sécurité.
Puis arrive le SAMU qui demande : « Combien a-t-il bu ? ». « Je n’en sais rien… », répondis-je.
Depuis combien de temps et surtout pourquoi boit-il ? Et la question que je me pose également : Comment était-ce possible ?
Les pompiers suivis du SAMU, le dirigent sur l’hôpital le plus proche. Je suis l’ambulance en voiture. Tout est possible, mais j’ai confiance…
A l’hôpital, le diagnostic est choquant : Hypothermie et 2,40 gr d’alcool par litre de sang après 12 heures de "sommeil"…
Le pire aurait donc pu arriver ! Et j’assistais et constatais cela, impuissante. Je culpabilisais même d’avoir alors imaginé que jamais cela n’aurait pu se produire chez moi, avec ce garçon que je pensais être toujours mon enfant, mon « bébé », celui qui me demandait chaque soir un signe d’affection d’une maman attentive.
Apres quelques heures de surveillance, je l’ai ramené à la maison.
Tout est bien qui finit bien… pour cette fois !
Je vis à Saint Jean d’Angély et jamais je n’aurais imaginé que cela puisse arriver à mon enfant.
Inattention de ma part ? Je ne le pense pas. Phénomène de société ? Oui peut-être. Henri voulait jouer à « Buffalo » … Un de ces jeux nouveaux qui tuent et qui les rend "intéressants" quelques minutes. …
Attendrons-nous de nouveaux jeux ou de nouveaux accidents ?
Quand nous étions enfants, nous faisions des activités, du sport, nous avions des loisirs moins dangereux et où l’alcool n’était pas présent comme maintenant.
Pourquoi les jeunes ont-ils besoin de relever de nouveaux défis ? Mais pourquoi donc ?
Je souhaite en tant que mère de famille que ce témoignage serve aux autres jeunes : on peut mourir d’une telle "aventure". Et si cela arrivait, à quoi peut bien servir une mort inutile ?
Nos jeunes ont perdu l’envie de rire, donc de vivre. Ils essaient des substituts pour essayer d’exister. A défaut d’être, on essaie de paraître …
Donnons leur la chance d’être en leur proposant des activités dans lesquelles ils se retrouveront. Non pas par les lois, mais au cas par cas.
Pendant des années on nous a expliqué que si les jeunes n’étaient pas au niveau BAC+5, ils seraient en dehors de la société. On a tracé leur vie ! Alors, ils se révoltent car ils veulent exister autrement.
Je suis une mère de famille de six enfants et je ne veux plus voir cela ! Ni chez mes enfants ni chez les enfants des autres !
Merci de publier mon témoignage et qu'il serve à d’autres parents et à d’autres jeunes ».
Note de B. M. : sachant que le taux d'alcoolémie décroît de 0,1 gr par heure, cela signifie que 12 heures plus tôt, le jeune Henri avait un taux d'alcoolémie de 3,6 gr d'alcool par litre de sang. Dans un corps humain de 65 kg, il y a environ 5 litres de sang. Soit ici 18 gr d'alcool dilués dans 5 litres de sang. Ce qui correspond à l'absorption dans un très court laps de temps d'un litre de Pineau à 18 degrés ou de 45 cl de whisky à 40 degrés. Rappellons aussi que le coma éthylique (intoxication alcoolique aiguë) survient après une dose variable de 4 à 5 grammes d'alcool par litre de sang. Ce dont Henri s'est dangereusement rapproché avec la dose d'alcool absorbée ici.