Mardi 30 mars 2010 – Article
1694 – Photos ©Rotary-Club
SAINT-JEAN-D’ANGÉLY
Quel conseils donner aux parents ?
ROTARY-CLUB
– Au cours d’une
soirée-dialogue organisée le 11 mars par le Rotary-Club sur le thème « Les enfants boivent, les parents trinquent », Philippe Binder et Emmanuel
Palomino, spécialistes des addictologies, ont examiné les raisons du mal-être des jeunes, avant de multiplier conseils et mises en garde.
De gauche à droite : les Docteurs Emmanuel Palomino, Philippe Binder, Denys Bourget, et Serge Hirel, du
Rotary-Club de Saint-Jean-d’Angély
Dans le cadre du « Printemps du Rotary », une campagne nationale de
communication des 1 000 Rotary-Clubs de France, celui de Saint-Jean-d’Angély a poursuivi, jeudi 11 mars, sa démarche de prévention contre l’excès d’alcool chez les jeunes, en organisant, à la
salle Aliénor d’Aquitaine, une soirée dialogue sur le thème « Les enfants boivent, les parents
trinquent ». Un débat de plus de deux heures qui, animé par trois médecins, dont deux addictologues, a abordé les multiples facettes d’un problème auquel tous les parents
risquent d’être confrontés.
Interrogés par Denys Bourget, un médecin Rotarien de Saintes, Philippe Binder,
généraliste à Lussant, animateur du réseau interprofessionnel de soins aux drogués « Icares », et Emmanuel Palomino, psychiatre à l’hôpital de Jonzac et président national des « Alcooliques Anonymes », ont, d’entrée de jeu, souligné que, pour les jeunes, la consommation d’alcool n’était qu’un des moyens d’exprimer leur mal-être, au
même titre que l’usage du cannabis, du tabac, et toutes les autres conduites à risque.
« Cette recherche transgressive est
naturelle », a indiqué le Dr Palomino, en constatant aussi que, tout en le craignant chez leurs enfants, « culturellement », les adultes « banalisent » la prise
d’alcool. « Il ne faut pas s’étonner que les jeunes en fassent autant. Ne vous enivrez pas devant vos
enfants ! ». Il a rappelé également que, chaque année, les drogues illicites tuent 3 000 personnes en France, alors que 45 000 sont victimes de l’alcool et
65 000 de la cigarette. « Physiologiquement, le père qui fume un paquet de cigarettes par jour est plus en danger que son fils qui allume deux pétards le
soir », a noté Philippe Binder, sans nier que cette consommation pose problème.
Se rapprocher, se toucher
La société dans la quelle nous vivons, « hyper communicante, mais faiblement rencontrante », accentue ce phénomène naturel de rejet chez de nombreux jeunes, cette envie
« de s’effacer, de disparaître, de ne plus résister ». Sur le plan psychique, parce qu’ils sont à l’âge de la découverte des émotions, des plaisirs,
les jeunes sont plus vulnérables que les adultes, plus sensibles, plus à fleur de peau, a poursuivi Emmanuel Palomino « Ils ont plus besoin que nous de ce
contact avec l’autre. Or, aujourd’hui, il est difficile d’être en relation les uns avec les autres, de se rapprocher, de se toucher. ».
Des propos qu’a confirmés le Dr Binder en
indiquant que les enquêtes les plus récentes montrent que les conduites à risque sont plus nombreuses parmi les enfants d’artisans, de commerçants et de cadres. « Des professions touchées par le stress et qui exigent bien plus que les 35 heures… ».
Ces mêmes enquêtes indiquent aussi que deux
autres facteurs peuvent être à l’origine de troubles du comportement chez les ados : l’ambiance à la maison, éventuellement le statut de séparation des parents d’une part, l’échec personnel
d’orientation d’autre part. « Un ado est plus vulnérable si ses parents, non séparés, ne s’entendent pas, que s’ils sont séparés, mais s’entendent
bien », a noté le Dr Binder, avant de constater que ce sont dans les milieux de l’apprentissage, « synonyme d’échec », que l’on compte le plus de jeunes consommateurs
d’alcool et de drogues.
Le Docteur Philippe Binder. (Photo Rotary-Club)
Construire le château-fort intérieur
Pour les deux spécialistes, les parents sont donc bien sûr au cœur même du
dispositif de prévention des conduites à risque des ados. « Un métier pas facile ! », reconnaît le Dr Palomino, qui regrette notamment l’impact
négatif de certaines lois sur l’autorité parentale et les effets désastreux du matraquage publicitaire, « plus fort, plus sexy » que les conseils et
injonctions des parents. « A cause de cela, certains n’osent plus poser de barrières », a ajouté le psychiatre, qui croit en deux vertus :
« la présence » et « l’éducation ».
Plus qu’un rempart face à l’alcool et aux
autres attitudes déviantes, les parents doivent aider leurs enfants à construire leur « château-fort intérieur », et ce dès le plus jeune âge. Un
château-fort qui, pour eux, est synonyme de sécurité et leur permet d’aller vers l’autre, a expliqué Emmanuel Palomino, tandis que le Dr Binder conseillait « un
environnement précocement clair, stable, solide, qui crée du lien et du sens ». « Une atmosphère incertaine, un double message des parents, cela est
destructeur ! », a-t-il ajouté.
Bref, les parents doivent être « présents physiquement et psychiquement, dialoguer, discuter, échanger, parler, montrer qu’on est là, qu’on est d’accord ou pas
d’accord. ». « Le bon comportement face à l’alcool, ce n’est pas de faire peur à son ado, de lui parler de dépendance.
Mieux vaut lui demander quel plaisir cela lui apporte, puis discuter avec lui des aspects négatifs, l’amener à se poser des questions », a indiqué Philippe Binder, tandis que son
collègue conseillait de « ne pas noircir en permanence le tableau ». « Les discours négatifs des adultes
engendrent l’inquiétude. Mieux vaut proposer une vision, certes réaliste, mais positive du monde, expliquer que cela mérite d’être vécu, qu’il faut se battre pour un monde
meilleur ».
Le docteur Emmanuel Palomino. (Photo Rotary-Club)
Ne pas attendre le feu
à la maison
Très vite, le dialogue s’est établi avec la salle, ce qui a permis aux deux
spécialistes d’aborder des sujets précis, telle l’indispensable cohésion, la « confluence », hélas trop souvent inexistante, entre la communauté
éducative et les parents d’élèves, ou encore le projet de dépénalisation du cannabis. « Une société ne peut dépénaliser un produit
psycho-actif que si, au préalable, elle a mis en place un processus d’éducation à la maîtrise de sa consommation, a jugé Philippe Binder. On n’y est pas encore
».
Enfin, les participants à cette soirée exceptionnelle, sont repartis avec deux
conseils : mieux vaut d’abord consulter le médecin de famille sans attendre une consommation explosive de produits licites ou non, et discrètement surveiller les changements de comportement
de l’ado. Les résultats scolaires durablement en berne, des insomnies fréquentes, des maux physiques, douleurs au ventre et autres, des modifications dans les comportements alimentaires, un
désintérêt pour des activités qu’il aime pratiquer,… sont autant d’indices d’une possible irruption de l’alcool ou de drogues dans sa vie. « Il est important de regarder avant qu’il y ait le feu à la maison… », a conclu le Dr Palomino.
Les quatre fonctions de l’alcool
« Face à l’alcool, les jeunes sont plus ou moins vulnérables, selon ce
qu’ils en attendent », a expliqué Philippe Binder, avec l’aide… d’un manche à balai. « Pour ceux qui en attendent de la convivialité, du plaisir de se rencontrer, c’est un totem planté
au milieu du groupe. La bouteille est nécessaire, mais elle peut contenir de l’orangeade. Pour les trois autres groupes, le contenu alcool est nécessaire. Les uns, l’utilisant comme une perche,
éprouvent la jouissance de l’interdit, en sautant plus haut, plus fort, plus vite. Les autres découvrent que l’alcool est apaisant. C’est un
balancier qui leur permet d’évoluer sur une poutre étroite, de plus en plus étroite, ce qui exige un balancier de plus en plus lourd. Ils doivent regarder leurs pieds, ne peuvent plus voir loin.
Attention aux coups de vent, la rupture avec la copine, par exemple. Cela conduit dans le dernier groupe, celui où l’alcool sert de casse-tête, où l’on boit pour oublier. Mieux vaut consulter
avant d’en arriver là ! ».
Poitou-Charentes : des consommations
supérieures à la moyenne nationale
A 17 ans, en métropole, 92,6% des jeunes ont déjà bu de l’alcool, 59,8% ont
été ivres, 42,2% ont fumé du cannabis, 70,7% ont fumé du tabac. Seuls 5% n’ont expérimenté aucune de ces trois substances. Issus d’une récente enquête de l’Observatoire Français des Drogues et
Toxicomanies, réalisée auprès de 39 500 jeunes à l’occasion de la Journée de préparation à la Défense, ces chiffres inquiètent et justifient toutes les campagnes de prévention, telle celle du
Rotary-Club de Saint-Jean-d’Angély.
D’autant plus que, comparées à ces statistiques nationales, les consommations
en Poitou-Charentes sont nettement supérieures. 36% des jeunes Picto-Charentais font un usage régulier du tabac (contre 28,9% pour l’ensemble de la métropole). 17% des garçons et 6% des filles
reconnaissent consommer de l’alcool plus de 10 fois par mois (contre 13,6% et 4% au plan national). Quant au cannabis, en Poitou-Charentes, 12% des garçons et 6% des filles de 17 ans en
consomment régulièrement (au moins 10 fois par mois) contre 10,7% et 3,9% pour l’ensemble de la métropole.
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